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Saint-Alban-d'Ay berceau de la truffole en France "
par
Joël Ferrand
D'origine
sud-américaine, la pomme de terre est signalée
pour la première fois en 1533 par un compagnon
de PIZARRE le chroniqueur Pierre CIEZA de LEON qui la
décrit scrupuleusement au contact des paysans
quechuas : " dans les lieux voisins de Quito, les
habitants ont, avec le maïs, une autre plante qui
leur sert en grande partie à subsister : les
papas, lorsqu'elles sont cuites, elles ont la pulpe
presque aussi tendre que la chair de châtaigne
"(1).
Ainsi, le Nouveau Monde offre-t'il à l'Ancien
dès 1534 une solanacée des plus providentielle.
Depuis Cadix, où elle est importée par
les équipages des bateaux, la papa devenue batata
colonise très vite l'Andalousie et la péninsule
ibérique dont la Castille et les montagnes de
Tolède.
La culture des tubercules progresse ensuite partout
en Europe : d'abord vers la France, l'Italie et l'Allemagne,
se localisant partout le long des voies de communication
sur les espaces en altitude propices à sa culture
comme les premiers contreforts du Vivarais. Sous des
dénominations extrêmement variées
tirées le plus souvent du nom latin " terrae
tuber " déformé vulgairement en "
terrae tufer ", la pomme de terre devient truffe,
trufle ou truffo (en patois trifola).
Il n'est donc pas surprenant qu'en Ardèche
nombreux soient les ouvrages à caractère
historique, ethnographique, gastronomique voir poétique
qui reprennent et mentionnent l'histoire de l'introduction
des premiers tubercules en s'appuyant sur un texte que
nous devrions à un notable plus connu sous le
titre de "marquis de Satillieu (1752-1814)".
Ce dernier, auteur de travaux littéraires et
scientifiques, Député aux Etats Généraux
en 1789, devient Président du Conseil Général
de l'Ardêche en 1802.
Déjà en l'année 1600, dans
le sud du département de l'Ardèche, l'agronome
Olivier de SERRES décrit la pomme de terre "cest
arbustre dict cartoufle porte fruict de mesme nom, semblable
à truffes, et par d'aucuns ainsi appellé"
(2).
De même à ANNONAY, grâce aux
livres de raisons laissés par l'avocat protestant
Isaac TOURTON (3), nous savons qu'à la date du
" samedi 10 avril 1694 " les truffes blanches
" se sont vendues 22 sols la quarte " au marché
de la " place de la grenette ". Ces documents
présentent la caractéristique d'être,
à ce jour, les plus anciens écrits connus
attestant officiellement de la vente de pommes de terre
sur un marché public en France.
De plus, en 1762 dans sa réponse (4) à
l'enquête diligentée par les bénédictins
sur l'état des paroisses du Languedoc, le curé
de Saint-Alban-d'Ay, Descourz de la Grange, prieur d'Empurany
et Pailharès, official de larchevêque de
Vienne pour le Haut-Vivarais, précise "
en esprit de badinage " la tradition des "
carpes " de Saint-Alban d'Ay (du grec Karpos, fruit).
Ainsi, l'étonnante histoire vivaroise
des premiers tubercules connus sous le nom de truffoles,
repose-t'elle sur des données historiques locales
incontestables qui s'inscrivent parfaitement dans l'histoire
de l'introduction et de la diffusion de la plante en
Europe, plus de 200 ans avant les premiers travaux du
non moins célèbre philanthrope Antoine
Augustin Parmentier (5).
Bibliographie succincte :
(1) Chronique espagnole du Pérou
(1553) - (2) Théâtre d'Agriculture et Mesnage
des Champs, Lyon, Jean Bruyset, édition de 1675
- (3) Livre de raison N° 3 : document de Mme VIDON
à Annonay - (4) Fonds du Languedoc Bénédictin
B.N Paris- (5) Ouvrage économique sur les pommes
de terre, le froment et le riz (1772) . Examen chimique
des pommes de terre (1773).
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